Au bureau, vous jonglez entre les réunions, les conf call, les vidéo conférences, vous échangez des mails avec vos collègues assis dans le bureau qui jouxte le vôtre, vous envoyez des rapports à votre boss, vous consultez votre flux de news et de notifications en réunion, discrètement, comme tout le monde, passé les 3 minutes d’introduction…

Notre cher smartphone est devenu aujourd’hui une extension de nous-même. On n’ose pas imaginer ce que l’on ferait aujourd’hui sans lui, tant les services rendus par cet outil formidable nous ont permis de gagner en réactivité et en efficacité.

Alors pourquoi écrire un article qui parle de déconnexion ? Au bureau qui plus est ?

Et bien parce qu’il est temps de prendre un peu de recul par rapport à nos pratiques : a-t-on besoin d’embarquer notre smartphone avec nous partout, tout le temps ? Est-il toujours utile ? Toujours indispensable ?

1. Il n’est pas toujours indispensable… parce que l’on n’a pas besoin d’être connecté H24 !

Nous avons tous des métiers passionnants (du moins j’espère que c’est aussi votre cas), et aimons à croire que la survie de nos organisations dépend de notre capacité à sauter sur notre téléphone à n’importe quel moment.

Vous êtes chirurgien spécialisé dans la transplantation d’organes vitaux ? Pompier ? Votre métier vous amène à intervenir pour sauver des vies ?

Nous allons briser un mythe (aouch !) : A l’exception des cas cités ci-dessus, rien ne justifie que vous soyez connecté à votre téléphone non-stop.

2. Il n’est pas toujours indispensable… parce l’hyperconnexion n’est pas très bonne pour le mental (et pour la santé en général)

L’hyperconnexion, ça vous dit quelque chose ? On parle d’hyperconnexion digitale lorsque l’on reste connecté plus de 3 heures par jour. Or aujourd’hui, on flirte dangereusement avec s’il l’on en croit les chiffres (les Français passent de plus en plus de temps devant les écrans : 4 h 22 en moyenne par jour / 6h03 pour les cadres) 

Ce phénomène peut induire une surcharge mentale, de deux types : 

  • une charge mentale cognitive, générée par les sollicitations incessantes (mails, notifications…) qui morcellent notre travail, nous obligent à partager notre attention entre plusieurs tâches en parallèle, et l’accroissement des tâches,
  • et une charge mentale de nature psychique liée au sentiment de perte de sens dans son travail et à la diminution des temps de récupération, entre autres

L’effacement des frontières entre la sphère privée et la sphère professionnelle implique souvent de longues plages en tête à tête avec son téléphone, dès le réveil et jusque tard en soirée (voire la nuit pour 41% d’entre nous). Or consulter ses écrans juste avant de dormir a une influence négative sur les temps de sommeil (donc les temps de récupération) avec un effet boule de neige sur le long terme (fatigue, réduction de la capacité d’attention, impacts sur l’humeur…). 

Les principaux pans de nos vies sont impactés : manger, dormir, bouger, vivre en société. Le médecin Pierre Wolf pointe, outre les impacts directs sur la santé, d’autres impacts :  « les conséquences (de l’hyperconnexion) se mesurent aussi sur une altération de la créativité et du lien social. »

Et pourtant, c’est important de prendre soin de soi. Comme le dit Arianna Huffington, on s’inquiète plus du niveau de la batterie de notre téléphone que de notre propre santé !

 

3. Il n’est pas toujours utile… parce qu’il y a des moments où ça marche mieux sans les smartphones

  • Quand on a un sujet de fond à traiter

Avez-vous déjà essayé de vous pencher sur un problème de fond pendant 1 heure ? Cela paraît de plus en plus compliqué…

En effet, on est interrompus toutes les 11 minutes en moyenne par un mail. Plus incroyable, sans même être sollicité, l’envie de consulter son smartphone se fait pressante au bout de quelques minutes à peine (34 % des Français ne peuvent pas s’empêcher de regarder leur téléphone portable toutes les 10 minutes).

Déconnecter, c’est reposer son cerveau et lui permettre d’être plus efficace ! 

  • Quand on a un problème complexe à résoudre

Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université du Texas à Austin, par l’Université de Californie à San Diego et par Disney Research a démontré que parmi les 800 participants à l’étude auxquels on soumettait des tests cognitifs de raisonnement et de résolution de tâches complexes, celui des 3 groupes qui a le mieux réussi était le groupe le plus éloigné physiquement de leurs téléphones (de leur champ de vision, de leur poches et de leurs sacs) !

 

Dans ces cas-là, rien ne vaut un moment « offline » !

3. Il n’est pas toujours utile… parce qu’il y a des moments où ça marche mieux sans les smartphones (suite)

    • En rendez-vous

      Sherry Turkle, professeure au MIT, a découvert en menant ses recherches que le simple fait d’avoir un téléphone dans notre champ de vision modifie à la fois le contenu de nos échanges mais également le degré de connexion que l’on ressent par rapport à l’autre.

      Déconnecter, c’est se mettre en position de capter les signaux non-verbaux de ses interlocuteurs et de poser les bases d’un échange constructif.

       

      En réunion

      Se réunir, c’est rassembler les forces de l’organisation.  

      Pendant ces moments de réunion (points hebdomadaires, séminaires, sessions de créativité…), les enjeux sont importants – et le temps, souvent compté : il s’agit de prendre des décisions, trouver de nouvelles idées, négocier, s’informer, resserrer les liens… 

      Malgré leur importance pour la vie des entreprises et des organisations, on estime à 30% la perte de temps en réunion. Et cela en raison des interruptions (réponse à des appels) et des distractions dues aux notifications, à la consultation des mails….

      Si nous nous autorisons la consultation de nos mails en réunion, ou de nos fils d’actualité en réunion, c’est parce que nous sommes bercés par l’illusion de pouvoir mener plusieurs tâches de front (le fameux multitasking). Or c’est un fait prouvé scientifiquement : nous n’en sommes pas capables. Notre cerveau va certes passer très rapidement d’une tâche à l’autre (ce qui nous donne l’illusion d’être multitâche), mais cela s’effectue au prix d’un effort qui finit par nuire à nos performances. Pour se protéger du bombardement d’informations le cerveau met en place un « filtre attentionnel ».

      Résultat : une attention individuelle morcelée (saviez-vous qu’un salarié qui répond à ses mails pendant une réunion a le même QI qu’après une nuit blanche ?*), ce qui à son tour trouble l’attention du groupe, et induit qu’il devient plus difficile dans ces conditions de traiter le fond des sujets, de faire jouer la créativité, de motiver les troupes

      Last but not least, éliminer ces interruptions serait intéressant financièrement ! Faites un calcul de l’économie sur une année avec, par exemple, 5 cadres se réunissant une fois par semaine, 40 minutes au lieu de 60 minutes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes…

       

    Notre santé et notre qualité de vie au travail ne méritent-elles pas, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, que nous nous penchions sur ce phénomène d’hyperconnexion et recherchions des solutions pour un meilleur équilibre numérique ?

    Dans le prochain article, nous vous dévoilerons quelques pistes très concrètes sur le thème « comment s’organiser pour déconnecter au bureau ».

    À très vite !

    Quelques références : 

    « L’impact de l’utilisation des outils numériques sur la charge mentale des salariés », Quynh Anh Pham Ngoc – QAPN Conseil publié par l’ANACT dans la revue des conditions de travail (septembre 2017)

    Article « Hyperconnexion, quel impact pour notre santé ? » de Nathalie Raut publié dans Focus RH Publié le 03/07/2018 https://www.focusrh.com/sante-social/stress-au-travail-et-risques-psychosociaux/hyperconnexion-quel-impact-pour-notre-sante-31190.html

    Étude ELABE pour AXA Prévention 2018

    Baromètre hyperconnexion Fondation April/BVA 2019